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Les Thérapies Collaboratives, Origines et Hypothèses

 

Au début des années 80, Steve De Shazer, s'est séparé du courant de psychothérapie brève de l'École de Palo Alto qui regroupait des auteurs connus comme Watzlawick, Weakland et Fisch car ils étaient trop centrés sur la résolution du problème du client "Focused Problem Resolution" (approche stratégique orientée problèmes). Il a entrainé avec lui d'autres thérapeutes comme Bill O'Hanlon, Insoo Kim Berg, Michele Weiner-Davis, Scott Miller. Il est à l'origine de l'approche centrée sur la solution. Depuis plusieurs counselors ont avancé dans la voie de l'Orientation Solutions et de la « Thérapie collaborative » : Bill O'Hanlon, Bob Bertolino, Scott Miller...

 

Le client et le counselor sont des experts 


 Le client et le counselor orienté Solutions sont tous deux des experts. Le client est expert de sa vie et de ses expériences. Il sait ce qu'il a traversé et l'impression que cela fait. Le client est également au courant de ce qu'il a tenté pour résoudre ses préoccupations. Il sait ce qui n'a pas marché, ce qui a marché (à quelque niveau que ce soit) et ce qui pourrait marcher à l'avenir. Le counselor est un expert dans la création de contextes facilitant le changement positif. La chaleur, la considération positive inconditionnelle, l'empathie et le soin attentif lui permet de reconnaître et de valider l'expérience intérieure du client tout en explorant les possibilités de changement allant dans la direction des objectifs de ce client.

 Dans une thérapie de collaboration 

Le client fait normalement partie des processus de traitement. Il est consulté à propos des :
    - directions, objectifs, sens, but et résultats ;
    - méthodes pour atteindre ces objectifs et ces résultats ;
    - procédures de diagnostic ;
    - notes sur leur cas (celles-ci sont écrites dans un langage compréhensible par les clients).

 Le counselor pose des questions et fait des hypothèses d'une manière non-autoritaire, donnant au client suffisamment de place et de permissions de ne pas être d'accord. Si le counselor a des idées, elles sont présentées au client non comme des vérités ou des directions justes, mais comme des impressions et possibilités personnelles. Bien que l'on puisse proposer au client plusieurs options, il choisit celles qui sont justes pour lui. De cette manière, le client enseigne au counselor ce qu'il faut encore découvrir au sujet de ses soucis et des moyens de les résoudre.

 Le counselor est avisé de la "théorie du contre-transfert".

 Celui-ci est mis en évidence lorsqu'il continue de "découvrir" les mêmes problèmes client après client (par ex. "deuils non résolus", "angoisse de séparation", "désordre d'attachement", etc.). Cela signifie aussi de ne pas imposer ses propres croyances et valeurs thérapeutiques aux clients.

Les autres personnels aidants sont respectés, on ne leur attribue aucune mauvaise intention et leurs approches ne sont pas considérées comme fausses. On les invite à une relation de collaboration en leur demandant leur point de vue sur la situation et les résultats qu'ils attendent de leur traitement. S'ils veulent bien en parler, vous pouvez leur demander comment vous pouvez aider ou au moins ne pas interférer avec leur traitement. Cela ne signifie pas qu'il faille accepter ou soutenir tout ce qu'ils font. La première loyauté est envers les clients. Les scénarios d'impossibilité, de faute, d'invalidation et de déterminisme seront doucement et subtilement mis en doute en reconnaissant leur bien-fondé possible et en introduisant des possibilités parallèles.

Le counselor fournit au client des occasions de faire des commentaires et de donner du feed-back sur le processus d'aide. De plus, avec son consentement, son expertise peut être partagée avec d'autres, élevant ainsi leur statut de receveur passif dans le besoin à celui de contributeur actif et expert.

 

 LES PREMISSES

    1/ Si ce n'est pas cassé, ne réparez pas. Si quelque chose n'est pas un problème pour un client et si, de ce fait même, il ne s'en plaint pas, alors - que le thérapeute ou la société voie dans cette chose un problème évident - cela n'est pas l'affaire du thérapeute.

     2/ Une fois que vous savez ce qui marche, faites-le plus. Il y a des périodes où les choses en général vont bien, étant donné les conditions de vie du client. Ce que le client fait au cours de ces périodes exceptionnelles est précisément ce qu'il a besoin de faire davantage : autrement dit, il doit continuer à faire ce qui marche. Si ce que l'on a fait dans la séance précédente était efficace de l'avis du client, alors il faut le faire de nouveau.

     3/ Si ça ne marche pas, ne recommencez pas : faites autre chose. Les problèmes ont manifestement des propriétés qui font qu'ils s'entretiennent eux-mêmes. Si l'on arrive à aucun progrès en quelques séances, cela indique à notre avis que le thérapeute fait désormais lui aussi partie de la situation qui pose problème et qu'il doit aussi faire autre chose. Des études ont montré que si 5 à 8 séances n'ont mené à aucun résultat, il est peu probable qu'il y en ait jamais.

 

LES POSTULATS

1er postulat.

    Parmi les plaintes des clients, il y a des comportements qui sont induits par l'image qu'ils se font du monde. Le point de départ d'une plainte semble relativement modeste, même si les conséquences peuvent, elles, être plutôt disproportionnées. C'est un peu comme si les gens disaient : Soit je me comporte d'une manière 'A' soit d'une manière 'non-A'. Pour une raison quelconque, ou pour un ensemble de raisons, 'A' semble être le bon choix (le plus logique, le meilleur, ou le seul possible) par conséquent, tout le reste (non-A) se trouve dans la même catégorie, et donc exclue.
2ème postulat.

    Ce qui fait que les plaintes des clients perdurent, c'est leur idée que ce qu'ils ont décidé de faire par rapport à la difficulté de départ était logiquement la seule chose à faire. A partir de là, les clients se comportent comme s'ils étaient contraints de faire plus de la même chose, cela à cause de l'autre partie de la proposition soit/soit qui a été rejetée ou interdite.
3ème postulat.

    Des changements minimaux sont nécessaires pour mettre en route le processus de résolution des plaintes et, une fois que le changement a commencé (ce qui constitue la tâche du thérapeute), d'autres changements créés par le client surviendront par effet boule de neige. On peut ici proposer une règle simple : les clients utilisent souvent l'alternative Soit/Soit pour exposer leur plainte et, lorsque c'est le cas, il peut s'avérer utile pour le thérapeute de construire le problème en termes de A la fois/et.
4ème postulat.

L'idée de ce qu'il faut changer se forme à partir de l'idée que se fait le client de ce que serait la réalité si la plainte en question n'existait pas. Au-delà de la situation spécifique, le thérapeute doit connaître la ou les significations que le client donne à ses difficultés. On peut fréquemment découvrir celle-ci en lui demandant comment il imagine la situation une fois le problème résolu.
5ème postulat.

    On peut se contenter de suggérer de nouvelles façons de voir. Et, un nouveau comportement s'appuyant sur n'importe quelle redéfinition du problème peut permettre au client de trouver une solution. Une des tâches minimales (quoique ni simple, ni facile) que doit accomplir le thérapeute au cours de la 1ère séance, et peut-être aussi au cours des séances suivantes, est d'induire un doute dans l'esprit du client en ce qui concerne les points de vue qu'il adopte et les comportements qui en résultent.
6ème postulat.

    En thérapie brève, on veille à accorder une attention toute particulière au concept systémique de globalité (holisme) : un changement survenant au niveau d'un élément d'un système ou au niveau d'une des relations entre différents éléments de ce système, affectera les autres éléments et les relations qui, ensemble, forment le système.

 
''la Thérapie du Possible'' : Les Hypothèses de Bill O'Hanlon

     Les clients ont des ressources et des points forts pour résoudre les problèmes Souvent les clients, submergés par les difficultés de leur vie, perdent de vue leurs capacités à résoudre les problèmes. Ils peuvent simplement avoir besoin qu'on leur remette en mémoire des outils qu'ils possèdent déjà pour développer des solutions durables et satisfaisantes.

    Le changement est permanent. Si vous supposez que le changement est permanent, vous vous comporterez comme si le changement était inévitable. De manière verbale ou non-verbale, vous communiquerez aux clients l'impression qu'il serait étonnant que leur problème puisse persister. Les physiciens pensent que tout est fluctuation, les biologistes que nous créons sans cesse de nouvelles cellules dans notre corps. Pour nous, l'univers est un monde de changement. Les situations des gens changent en permanence, et c'est le regard qu'ils portent sur les situations qui reste le même quand ils signalent que rien n'a changé.

     Le rôle du counselor est de repérer et d'amplifier le changement. "En tant que thérapeutes, nous avons un devoir. D'abord, celui d'être clair avec nous-mêmes ; et ensuite de rechercher chez les autres tout signe de clarté et de leur en donner acte, et de les renforcer dans tout ce qui est équilibré chez eux." (G. Bateson 1972)

    Il n'est pas indispensable d'en savoir beaucoup sur le problème pour le résoudre. Rassembler une information complète sur l'historique ne semble pas indispensable. On peut se contenter d'un minimum d'informations. Trop d'informations tue l'information. On peut être bloqué car on a trop d'informations sur le problème et pas assez sur la solution.

     Les thérapeutes orientés solutions attachent plus d'importance à ce que les clients font déjà et qui s'avère efficace, qu'au recueil détaillé des informations sur le problème. Il y a beaucoup à apprendre des exceptions, de ces moments où le problème qui amène les clients n'est pas gênant. On doit identifier tous les éléments qui singularisent ces moments d'exception, et apprendre au client à reproduire, encore et encore, ce qui marche déjà, de manière à se débarrasser du problème.

     Il n'est pas utile de connaître la cause ou la fonction d'un problème pour le résoudre. Nous n'acceptons pas la croyance selon laquelle les symptômes (ce que nous appelons les problèmes) servent des fonctions, que ce soit pour les individus, pour les relations interpersonnelles ou pour les familles. "La pratique n'a jamais montré que l'élimination de symptômes mène inévitablement à une rupture au sein de la famille ou de nouveaux symptômes chez d'autres membres de la famille. La réaction la plus courante des familles à l'amélioration de ses membres est un soulagement... Par contre, un thérapeute qui croit que les symptômes servent des fonctions peut réellement encourager la rupture de la famille... Le problème le plus sérieux avec la notion de fonction des symptômes, est qu'elle peut devenir une prophétie anti-thérapeutique et auto-validante" (James Coyne, 1985)

     Un petit changement est la seule chose qui soit nécessaire. Un changement dans une partie du système peut entraîner des changements dans une autre partie du système. Dès qu'un petit changement positif est obtenu, les gens se sentent un peu plus optimistes, un peu plus confiants pour s'attaquer à d'autres changements.

    Les clients définissent les objectifs. Nous ne croyons pas qu'il y ait une unique manière "juste" ou "valable" de vivre sa vie. Nous en sommes venus à accepter que ce qui pouvait être un comportement intolérable pour une famille donnée ou pour une personne en particulier, était un comportement tout à fait convenable dans un autre contexte.

     C'est donc au client de fixer les objectifs du traitement. Nous ne croyons pas qu'un "vrai problème" soit à l'origine des plaintes de nos clients, pas plus que nous ne croyons que les thérapeutes soient mieux placés pour décider de la façon dont les clients devraient vivre leur vie. Nous demandons donc à ceux qui viennent nous consulter d'établir eux-mêmes les objectifs du traitement.

    On peut obtenir des changements rapides ou résoudre rapidement des problèmes. Nous pensons qu'à la suite de notre interaction au cours de la première séance, nos clients acquièrent une vue nouvelle de leur situation, plus productive, plus optimiste. La moyenne des traitements est en dessous de 10 séances, plutôt entre 4 et 5.

    Il n'y a pas de façon juste de voir les choses. Différents points de vue peuvent être tout aussi valables et s'adapter aussi bien aux faits. Nous ne croyons pas qu'il y ait un point de vue plus correct que les autres, par contre nous croyons qu'il existe des points de vue plus ou moins utiles. C'est-à-dire que l'opinion des gens vis-à-vis de leurs problèmes augmente ou diminue les chances de voir émerger des solutions. Les points de vue qui bloquent le client sont tout simplement inutiles.

    L'intérêt est centré sur ce qui est réalisable et qui peut être changé. Plutôt que sur ce qui est inaccessible et qui ne peut être changé. Nous travaillons sur des objectifs bien définis et réalisables dans un délai raisonnable.


''la Thérapie Collaborative basée sur les Compétences'' :

'Le Cadre de Référence' de Bob Bertolino 

    Les clients comme agents de changement. Le client est la seule personne vraiment importante dans la contribution au résultat thérapeutique. Les gens ont des capacités, des forces et des ressources qui peuvent aider à trouver des solutions aux problèmes et à résoudre des conflits. Nous ne suggérons pas qu'ils ont toutes les compétences dont ils auront jamais besoin. Il ne s'agit pas de la « théorie de la perle cachée », qui tient le client pour détenteur d'inépuisables réservoirs de réponses à tous les problèmes de la vie.

     Nous considérons que les gens sont dans un processus d'apprentissage et également en possession de compétences (ressources internes et externes qui ont été utiles par le passé, dans des contextes similaires ou différents en relation avec les préoccupations du moment, et qui peuvent être utilisées dans le présent et dans l'avenir). Les compétences internes comprennent les forces et les capacités individuelles alors que les ressources externes sont liées à la famille, les amis, la communauté, la religion, l'entreprise et tout autre potentiel relationnel. Voir les clients comme agents de changement signifie reconnaître et valider les épreuves auxquelles ils font face tout en se concentrant, simultanément, sur les possibilités de changement qui existent.

     Honorer la relation et l'alliance thérapeutiques. La relation thérapeutique est le traitement. Les évaluations de la relation faites par le client sont la manière la plus cohérente de prévoir une amélioration. La solidité du lien thérapeutique n'est pas fortement corrélée à la longueur du traitement . Il peut se produire un lien instantané entre un client et un praticien. Le temps nécessaire pour que les gens se sentent à l'aise dans les relations est variable et dépend fortement de leurs perceptions. L'alliance thérapeutique est un terme générique qui met l'accent sur une collaboration entre les clients et les praticiens. Les clients sont consultés au sujet de leurs préférences, de leurs objectifs et des méthodes pour atteindre ces objectifs. Un résultat négatif découle souvent du fait de laisser les clients à l'écart de processus thérapeutique.

     Solliciter les théories des clients. Ce ne sont pas les théories qui pilotent le counseling, mais les clients. Ce sont eux les ingénieurs du changement. Il est important d'inviter les clients évoquer leurs idées à propos de ce qui, d'après eux, influe sur leurs difficultés et pourrait éventuellement devenir des ressources pour un futur changement. Bien que la famille, les relations sociales, la génétique, la connaissance, la culture, la société, le genre, la religion/spiritualité, l'économie, etc. puissent influer sur les « problèmes », ce qui est le plus important, c'est comment les clients comprennent leurs soucis.

    Les thérapeutes devront s'attacher à prendre en compte les théories des clients et utiliser des pratiques en cohérence avec la manière dont les clients voient le monde. Ils engagent des conversations concernant la manière dont les clients pensent que leurs problèmes se sont développés, ce qui a été tenté pour les résoudre et à quel point ces efforts ont été efficaces ou non, ce qu'ils ont pris en considération mais n'ont pas essayé, et ce qu'ils pourraient envisager dans l'avenir pour réaliser le changement qu'ils désirent.

     Une orientation vers le changement. Les recherches indiquent que la durée moyenne de traitement est de 6 à 10 séances. En outre, Miller et al. ont écrit que « toutes les études méta-analytiques du changement, menées sur une large échelle, indiquent que les améliorations les plus fréquentes surviennent en début de traitement » (p. 194). Les études ont montré que la plupart des effets positifs majeurs ont lieu durant les 6 à 8 premières séances, puis l'impact continue mais diminue pendant les 10 séances suivantes. Les praticiens vont rechercher des ouvertures riches de possibilités, de solutions et de changements. Ce n'est pas le nombre de séances qui est le plus important mais la collaboration avec les clients afin de définir où ils veulent aller et quand leurs objectifs seront atteints.

     Les objectifs, sens, buts et résultats. Un des meilleurs indicateurs prévisionnels de résultat négatif est l'absence de structure en counseling. Ceci ne signifie pas que le counseling suive une grille. La structure permet de construire une direction de travail à partir de la compréhension des inquiétudes des clients, du changement qu'ils aimeraient obtenir et de comment ils sauront qu'ils y sont arrivés. Certains clients vont rejeter le mot « objectif » et vont entrer en résonance avec la recherche de « sens » ou avec un « but ». Il est important de s'adapter au langage des clients et de travailler avec leur vision du monde. Il revient aux praticiens de clarifier avec les clients ce qu'ils mettent derrière leurs mots de manière à pouvoir se diriger vers des résultats réalistes et réalisables.

     Moyens et méthodes utilisés. L'efficacité des méthodes et des techniques dépend fortement de leur adéquation avec les idées que les clients se font de leurs problèmes et des moyens et/ou méthodes nécessaires pour les résoudre. Les moyens, méthodes et techniques utilisés devront venir des interactions entre le client et le praticien. Si les counselors ont des idées de méthodes qui pourraient faciliter le changement, ils devraient les proposer aux clients, pas les imposer. C'est-à-dire que les clients décident ce qui fait vraiment sens pour eux et sont plus enclins à devenir acteurs de leur vie lorsque les moyens et les méthodes correspondent à leurs théories personnelles.

''la Thérapie Narrative'' : Quelques hypothèses de Michael White & David Epston
- Les clients et le thérapeute partagent plus de similitudes que de différences comme êtres humains.
- Les clients sont des gens ordinaires menant une vie ordinaire qui malheureusement rencontrent des expériences de vie difficiles et inhabituelles.
- Quand les personnes ou les familles demandent une psychothérapie, c'est parce qu'elles sont confrontées avec un dilemme pour lequel la sorte de support nécessaire à sa résolution ne leur est pas disponible.
- Les personnes et les familles possèdent toujours plus d'expérience réelle en eux pour résoudre le problème que tout autre personne.
- Au plus profond d'eux-mêmes, les personnes et les familles ne souhaitent pas se faire du mal ou en faire aux autres.
- Le thérapeute ne peut comprendre le langage d'une personne tant qu'il ne peut en discuter avec lui.
- Le changement est toujours possible.
- Le client souhaite toujours se libérer du problème.
- Le thérapeute ne connaît pas vraiment ce que le client doit faire pour résoudre son problème.
- Les problèmes sont considérés comme séparés des personnes. Cela aide les clients à se mobiliser davantage face à leurs problèmes.

La réalité selon la Thérapie Narrative

     La première idée considère que les réalités sont construites socialement. Tout ce qui existe a été déterminé par l'usage que les hommes en ont fait : la nourriture, le langage, les tâches domestiques, l'éducation des enfants, l'agriculture, le logement, le transport, etc. Au fil des générations, les hommes ont fini par oublier qu'il existe d'autres possibilités pour exécuter les mêmes activités car ils ont appris que c'est comme ça que ça se fait !

     La deuxième idée est que les réalités sont constituées à travers le langage. Ainsi la signification exacte de chaque mot est toujours quelque peu indéterminée et potentiellement différente. Cette signification doit toujours être négociée entre deux personnes ou plus. Un changement thérapeutique quelconque implique nécessairement un nouveau langage et de nouvelles significations à des croyances, comportements ou sentiments problématiques.

     La troisième idée est que les réalités sont organisées et maintenues à travers des histoires. Chaque personne a son histoire sur sa vie et sur une situation. Quand une personne raconte une histoire, elle choisit certains éléments au détriment d'autres et elle organise et structure divers faits. En thérapie narrative, on cherche à comprendre l'influence de certaines histoires dominantes sur le client. On tente de créer avec elle de nouvelles histoires qui vont favoriser de plus grandes possibilités dans sa vie.

     La quatrième idée est qu'il n'y a pas de vérités essentielles. Il existe de nombreuses façons d'interpréter une expérience mais aucune interprétation ne peut être considérée comme la "vraie". Ce qui est vrai c'est la présentation particulière d'une expérience que préfèrent des personnes particulières dans une culture particulière. Une interprétation préférée est différente d'une interprétation vraie. Le thérapeute narratif cherche à apporter différentes interprétations d'une situation et ainsi d'amener la personne à préférer des interprétations qui supportent sa croissance.

 

Les questions que pourra se poser le counselor :
    Est-ce que je demande la description de plus d'une réalité ?

    Est-ce que j'écoute suffisamment pour comprendre comment la réalité expérientielle de cette personne a été socialement construite ?

    Quel langage est-ce que je privilégie actuellement ? Est-ce que j'essaie d'accepter et de comprendre les descriptions linguistiques de cette personne ? Si je propose une distinction ou spécification dans mon langage, pourquoi fais-je cela ? Quels sont les effets de distinctions linguistiques variées qui se présentent dans la conversation thérapeutique ?

    Quelles sont les histoires qui supportent les problèmes de la personne ? Y a-t-il des histoires dominantes qui oppressent ou limitent la vie de la personne ? Quelles histoires marginalisées est-ce que j'entends ? Y a-t-il des indices pour les histoires marginalisées qui n'ont pas encore été abordées ? Comment puis-je inviter cette personne à s'engager dans une "révolution" de connaissances autour de ces histoires marginalisées ?

    Est-ce que je mets le focus sur le sens au lieu des faits ?

    Est-ce que j'évalue cette personne ou est-ce que je l'invite à évaluer une vaste gamme de choses (comment la thérapie va, directions préférées dans la vie, ...) ?

    Est-ce que je situe mes opinions dans mon expérience personnelle ? Suis-je transparent au sujet de mon contexte, mes valeurs et mes intentions de telle sorte que cette personne peut évaluer les effets de mes biais ?

    Suis-je dans une pensée pathologisante ou normalisante ? Est-ce que nous définissons en collaboration les problèmes en nous basant sur ce qui est problématique dans l'expérience de cette personne ? Est-ce que je me tiens à l'écart d'hypothèses d'expert ou de théorie ?