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Nouvelle Hypnose

C'est Milton
H. Erickson (1901-1980), psychiatre américain, le premier à avoir fait
évoluer l'hypnose telle qu'elle existait au siècle dernier. Partant du
principe que la nature fait toujours mieux que l'homme, ce
médecin a travaillé à l'élaboration d'un lagage et de
techniques qui ont donné à l'hypnose une toute autre
dimension : le patient n'est plus soumis
passivement à la directivité de son opérateur.
C'est cette nouvelle façon de faire qui a conduit le terme "nouvelle
hypnose", un courant qui donne beaucoup plus de place au travail
psychique fait par le patient.
« la nouvelle hypnose » est apparue en France dans les années 1980
grâce au Dr Jean Godin (1931-2002), psychiatre et psychologue docteur
es science, fondateur du premier Institut Milton Erickson à Paris.
Le fonctionnement de l'hypnose telle que nous l'entendons consiste à
stimuler le sujet de façon à activer chez lui des processus psychiques
particuliers ayant valeur thérapeutique. On respecte ainsi beaucoup
plus l'intégrité du sujet, qui accompagné plus que
dirigé, développe beaucoup moins de résistance.
La "nouvelle hypnose" : principe
et fonctionnement
La
nouvelle hypnose se présente comme un mode de fonctionnement
psychologique dans lequel un sujet, grâce à l’intervention d’une autre
personne parvient à faire abstraction de la réalité environnante tout
en restant en relation avec l’accompagnateur. Ce débranchement de la
réaction d’orientation à la réalité extérieure qui suppose un certain
lâcher-prise équivaut à une façon originale de fonctionner à laquelle
on se réfère comme à un état. Ce mode de fonctionnement fait apparaître
des possibilités nouvelles, par exemple des possibilités
supplémentaires d’action de l’esprit sur le corps, ou de travail
psychologique à un niveau inconscient.
Nous avons dit que l'hypnose représente
un mode particulier de fonctionnement de l'esprit humain. La notion
importante ne sera plus la notion de sommeil ou de passivité, mais la
notion de lâcher-prise. Le sujet lâche prise vis à vis de lui-même, et
vis-à-vis de celui qui l'accompagne. Mais ce lâcher-prise n'est pas un
abandon. Le sujet reste le maître de la situation. Il s'agit d'accepter
de lâcher prise d'un fonctionnement habituel, pour entrer dans le
fonctionnement hypnotique. Ce lâcher prise peut être facilité par
différentes inductions.
Nous avons pris l'habitude de parler de
sujet sous hypnose (ce qui véhicule la domination) pour décrire ce qui
se passe dans l'hypnose traditionnelle. Mais nous disons que le sujet
est en hypnose pour décrire ce qui se passe dans notre pratique (c'est
lui qui gère). Dans la mesure où nous nous coupons du monde, nous
fonctionnons d'une façon différente, dans laquelle les fonctions
inconscientes sont au premier plan. Le fait que nous restions en
relation avec une personne extérieure va permettre d'orienter le
fonctionnement psychologique dans telle ou telle direction.
Le fonctionnement hypnotique présente
certaines particularités telles que la possibilité de mise entre
parenthèse de fonctions psychiques. Cette mise entre parenthèse de
certaines fonctions se fait au profit d'autres fonctions psychiques.
C'est ce fonctionnement dissocié de l'esprit humain qui est
caractéristique de l'hypnose et c'est cela qui va permettre des actions
qui ne seraient pas possibles autrement.
Dans la nouvelle hypnose, l'opérateur
(nous préférons parler d'opérateur plutôt que d'hypnotiseur), n'assène
plus des suggestions de manière répétitive et monotone. Nous expliquons
au sujet qu'il peut apprendre à fonctionner autrement. Nous le
prévenons que sa collaboration sera nécessaire à tous moments, qu'il ne
perdra pas conscience, et que, si quoi que ce soit ne lui convenait
pas, il pourrait interrompre de lui même l'expérience. Les attentes du
sujet sont ainsi orientées différemment que dans l'hypnose
traditionnelle.
Dès lors, après avoir reçu l'accord du
sujet, nous pouvons procéder dans le cadre d'une conversation banale.
Une façon de faire est particulièrement commode, et c'est celle là que
nous enseignons aux praticiens débutants : c'est l'accompagnement dans
un souvenir. Nous demandons au sujet de retrouver un bon souvenir, et
c'est de cela dont nous allons l'entretenir, mais nous pouvons aussi
parler de tout autre chose, car cela n'a pas d'importance. Dans le
cadre de cette conversation, nous observons le sujet et, avec
l'habitude, nous pouvons nous rendre compte s'il chemine dans la
direction souhaitée. Dans ce cas, nous lui disons simplement " oui,
c'est bien ". C'est ainsi que nous l'entraînons à obtenir un mode de
fonctionnement dont, à priori, il ne connaît rien.
Bien entendu, notre pratique ne se
contente pas de renforcer ce qui apparaît. Nous devons avoir une
connaissance des mécanismes inconscients pour aider le sujet à obtenir
ce qu'il désire. Nous pensons que le fonctionnement hypnotique possède
des vertus particulières et c’est là l’intérêt du phénomène. Dans cette
façon de fonctionner, les effets de l'esprit sur le corps sont
augmentés, et sur le plan psychologique des éléments qui étaient
bloqués redeviennent mobilisables.
En ce qui concerne le fonctionnement
psychophysiologique, je vais simplement en donner un exemple que
beaucoup connaissent déjà. Je me réfère à une expérience de M. Chertok,
qui a été pendant des décennies le représentant le plus éminent de
l'hypnose en France. Il s'agit de la vésication hypnotique. Au cours de
l'hypnose, il est possible de dire au sujet qu'on lui applique sur la
peau un corps chaud alors qu'il s'agit d'une pièce de monnaie à la
température ambiante. Chez certains sujet comme cette dame que Chertok
a filmée, nous voyons apparaître une cloque comme si il y avait
réellement eu brûlure. Le fait que l'on puisse faire apparaître ainsi
des phlyctènes n'intéresse personne si ce n'est sur le plan théorique,
mais, par contre, l'utilisation de l'hypnose chez les brûlés sera
quelque chose d'extrêmement précieux. En psychosomatique, l'hypnose
permettra non seulement d'avoir une action sur la problématique
sous-jacente au symptôme, mais sera l'occasion d'agir directement sur
celui-ci dans les cas où cela nous semble utile, par exemple pour
interrompre un cercle vicieux.
Dans le domaine psychologique, nous
avons dit que le fonctionnement hypnotique correspondait à une
activation du fonctionnement inconscient. Il n'est donc pas étonnant
que des réaménagements psychiques soient possibles. Il n'est pas rare
que nos patients nous fassent part d'améliorations surprenantes après
une séance d'hypnose au cours de laquelle rien n'a été suggéré. Tout se
passe alors comme si les sujets avaient profité de cet " état "
particulier pour faire un travail. En effet, eux, savent pourquoi ils
sont venus et leurs attitudes sont préparées dans ce sens. Ce qui est
le plus étrange est que les patients n’ont pas conscience de ce qu'ils
ont fait, car tout s'est passé à un niveau inconscient. Nous avons un
certain nombre de scripts de séances d'hypnose pour étayer nos dires.
Mais comme on peut le supposer, notre
psychothérapie ne se borne pas à fournir aux patients les conditions
d'un état d'hypnose. Nous intervenons plus activement, et c'est là que
l'on peut dire que la nouvelle hypnose consiste dans l'activation des
mécanismes inconscients. Nous pouvons, par exemple, dans un premier
temps profiter de l'état de contrôle et de calme de l'état hypnotique
pour évoquer les craintes qui pourront dès lors être vécues, et
recadrées, dans des dimensions nouvelles. Nous pourrons évoquer des
situations dans lesquelles le sujet a su s'adapter à des situations
difficiles, afin de "transposer" des acquisitions à des problèmes
nouveaux jugés insurmontables. Les suggestions indirectes sont
utilisées pour faire bouger des états figés, ou pour obtenir les
"régression en âge", qui sont particulièrement importantes dans la
nouvelle hypnose. Ce sera pour nous l'occasion de permettre
l'intégration entre des données conscientes et inconscientes, ou de
faire réapparaître des souvenirs mal vécus de la petite enfance afin
qu'ils soient désormais métabolisés différemment dans le cadre du
psychisme adulte actuel.
Nous voyons que la nouvelle hypnose
suppose une pratique des mécanismes inconscients. Bien entendu, comme
dans l'hypnose ancienne, et comme dans toute psychothérapie, l’écueil
de la méthode sera l'intrusion intempestive de l'opérateur quand il a
tendance à agir à la place du sujet pour l'amener à faire ce qu'il
pense être bien. Nous apprenons à éviter cet écueil, puisque nous avons
dit que notre perspective permanente était de mettre en route un
travail chez le sujet. Des prises de conscience peuvent apparaître chez
les patients. Des modifications de comportements ou du cours de la vie
de nos sujets peuvent s'ensuivre. Elles sont de leur propre fait. Nous
n'avons été que le stimulus mobilisateur. Cette méthode est
particulièrement sûre dans la mesure où c'est le sujet qui opère ses
propres réaménagements, et c'est pourquoi elle est actuellement
pratiquée par de nombreux psychologues et par des médecins de
différentes spécialités. Autrement dit, c'est avec une rare économie de
moyens, et avec une grande sécurité que nous permettons ces
réaménagements.
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