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GRAND DOSSIER LES PSYCHOTHÉRAPIES DOSSIER 3 : "GUERRE DES PSY", A QUAND L'ARMISTICE ? Par Jean-François Marmion - Statut et formation des psychothérapeutes par Serge Ginger Par Sciences Humaines Grands Dossiers N° 15 - juin-juillet-août 2009 Les psychothérapies PSY EN MOUVEMENT n° 05062009 Dossier 3 : "Guerre desPsy", à quand l'armistice ?
En France, les années 2000 ont vu un
affrontement cinglant entre
psychanalyse et thérapies
cognitives et comportementales. Au risque de donner une image simpliste du monde des psys… L’expression médiatique consacrée de « guerre des psys » engendre donc, à l’examen, plusieurs illusions d’optique. La première,
c’est qu’il n’y aurait qu’un front unique, dans le seul domaine des idées. Or,
à côté du bras de fer TCC/psychanalyse se déroulent, avec le débat juridique
relatif à l’exercice de la psychothérapie, des discussions intéressant non
seulement les psys, toutes chapelles confondues, mais la politique de santé
publique dans ses aspects les plus concrets (proposer, à terme, les prises en
charge les plus brèves et efficaces possibles). Deuxième illusion, à propos des
forces en présence : chaque camp ferait bloc. Erreur ! La psychanalyse recouvre une multitude de pratiques qui se
sont affranchies du dispositif thérapeutique mis au point par Freud. Y compris
du vivant de celui-ci, diverses conceptions de l’analyse ont toujours coexisté
tantôt avec tolérance, tantôt à coups de controverses fratricides. Les grands
cadres théoriques comme le complexe d’Œdipe sont régulièrement revus et
corrigés. La psychanalyse tient plus du magma que du monolithe, ce qui explique
sa longévité mais aussi sa fragilité eu égard au rouleau compresseur des TCC,
qui s’inscrivent dans une démarche expérimentale… Là encore, cependant,
attention : les TCC recouvrent elles aussi une
multitude de techniques, que chacun sélectionne suivant ses affinités. Par
exemple, il n’est pas certain que les comportementalistes chevronnés acceptent
sans broncher les nouvelles thérapies cognitives flirtant avec le bouddhisme et
la méditation. Enfin, troisième illusion : hors psychanalyse et
TCC, point de salut. Il existe pourtant, par exemple, de nombreuses thérapies
dites humanistes, extrêmement variées, et qui se veulent depuis cinquante ans
une « troisième voie ». Les frontières
entre les pratiques sont souvent assez relatives : sur le terrain, les
psychothérapeutes de bonne volonté veillent davantage sur leurs patients que
sur une doctrine supposée infaillible. Chacun officie avec son propre style,
ses références personnelles, quitte à panacher parfois diverses techniques avec
créativité et éclectisme . Statut et formation des Psychothérapeutes La psychothérapie s’émancipe de la psychologie depuis 1990, quand est signée la « déclaration de Strasbourg ». Celle-ci précise que « la psychothérapie est une discipline spécifique, du domaine des sciences humaines, dont l’exercice représente une profession libre et autonome. La formation psychothérapeutique exige un niveau élevé de qualification théorique et clinique. La diversité des méthodes psychothérapeutiques est garantie. La formation dans l’une des méthodes psychothérapeutiques doit s’accomplir intégralement et comprend : la théorie, l’expérience sur sa propre personne et la pratique sous supervision. Sont également acquises de vastes notions sur d’autres méthodes. » Cette déclaration est contresignée aujourd’hui par les représentants de 40 pays d’Europe. Une loi souhaitée par les spécialistes Mais en France, une formation professionnelle à la psychothérapie (ou à la psychanalyse) n’est pas enseignée dans les universités publiques, et ne fait pas partie du programme du diplôme de psychologue, ni de psychiatre. Une loi réglementant la psychothérapie est donc souhaitée par tous les spécialistes depuis de nombreuses années. Il s’agit de protéger à la fois les usagers et les professionnels certifiés contre les agissements de quelques charlatans et contre les infiltrations de certaines sectes. Cependant, pas à n’importe quelles conditions. Or il existe de vives rivalités corporatistes entre les psychothérapeutes, les psychanalystes, les psychologues et les psychiatres. Le 8 octobre 2003, un amendement surprise déposé par Bernard Accoyer est voté en cinq minutes, « à l’unanimité » des douze députés présents : il stipule que les psychothérapies sont des « outils thérapeutiques » pour le traitement des troubles mentaux. Elles sont réservées aux psychiatres et aux psychologues. Trois approches sont reconnues : psychanalyse, thérapie comportementale et cognitive (TCC) et thérapie familiale. Le 25 octobre, Libération consacre ses trois premières pages au problème. S’ouvre une importante campagne de presse, avec cent articles dans la presse nationale et vingt entretiens sur toutes les chaînes de télévision. Ce débat éveille l’intérêt du grand public pour la psychothérapie, entraînant une croissance de la demande. Le 9 août 2004, après dix mois de négociations délicates entre parlementaires et représentants de cinq professions, est promulguée une loi réglementant le titre de psychothérapeute (et non son exercice). La psychothérapie n’est plus réservée aux médecins et psychologues, et les méthodes ne sont plus limitées. Les psychothérapeutes doivent avoir suivi une formation en psychopathologie (et non en psychothérapie). Or la psychopathologie représente à peine 20 % de la formation d’un psychothérapeute qui, outre un diagnostic, doit proposer des méthodes d’intervention. D’autre part, pour éviter qu’il ne projette sa propre problématique sur ses patients, il importe que tout psychothérapeute ait effectué un travail sur soi approfondi (psychothérapie personnelle) et qu’il demeure en supervision et en formation continue permanente tout au long de sa carrière. Un compromis peu cohérent Le compromis proposé paraît donc peu cohérent, et son application s’avère difficile, ce qui explique la non-parution du décret d’application depuis lors. Entre autres péripéties, en 2006 se déroulent trois réunions de concertation au ministère avec les représentants de cinq professions (psychothérapeutes, psychanalystes, psychiatres, psychologues, professeurs d’université), regroupés dans trente organismes (dont seulement cinq de psychothérapeutes). En février 2007, le Conseil constitutionnel censure de nouveaux « amendements Accoyer » reprenant les principes d’octobre 2003. En avril de la même année, le Conseil d’État repousse un projet de décret, non conforme à la loi, proposant le monopole des universités pour la formation en psychopathologie. En février 2009 enfin, le Conseil d’État émet des réserves sur la huitième version du projet de décret d’application. Les principaux litiges actuels portent sur les prérequis à l’entrée en formation, l’accréditation des formations privées et la composition des jurys régionaux pour les professionnels en fonction. Un nouveau texte est en préparation… A LIRE • Guide pratique du psychothérapeute humaniste Serge et Anne Ginger, Dunod, 2008. • Le Patient, le thérapeute et l’État Élisabeth Roudinesco, Fayard, 2004. • À quel psy se vouer ? Psychanalyses et psychothérapies : les principales méthodes Mony Elkaïm, Seuil, 2003. • Site FF2P www.ff2p.fr/ • Site magazine Psychologies http://quelpsy.psychologies.com/Annuaire_des_psys.cfm • Site Choisir son psy : http://www.choisir-son-psy.com Serge Ginger Secrétaire général de la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse (FF2P), et président de la Commission européenne d’accréditation des instituts de formation à la psychothérapie, il est l’auteur de Psychothérapie. 100 réponses pour en finir avec les idées reçues , Dunod, 2006. La psychothérapie en France Professions concernées • Psychothérapeutes qualifiés, certifiés d’une école reconnue : 7 à 10 000. • Psychanalystes de diverses écoles : 5 000. • Psychiatres : 13 000, dont certains formés en psychothérapie. • Psychologues cliniciens : environ 18 000, dont certains formés en psychothérapie. • Densité professionnelle (pour 100 000 habitants) : 25 psychothérapeutes, 70 psychologues, 100 kinésithérapeutes, 300 médecins (dont 22 psychiatres), 110 pharmaciens. Professions d’origine des psychothérapeutes • Médecins : 5 à 15 %, selon les méthodes. • Psychologues : 20 à 30 %. • Travailleurs sociaux : 20 %. • Professions paramédicales : 20 %. • Divers (enseignants, sociologues, chercheurs…) :10 à 15 %. Formation • Une trentaine d’écoles ou instituts privés, dans les méthodes reconnues . • Prérequis : niveau bac + 3, et psychothérapie personnelle approfondie . • 4 ou 5 années de formation supérieure : théorie, méthodologie, psychopathologie, pratique supervisée, soutenance d’un mémoire, engagement déontologique, accréditation par un organisme de pairs indépendant . • Aucune formation complète en université publique (sauf DU de sensibilisation) . • Âge moyen des étudiants au début de leur formation : 40 ans. Méthodes • 4 principaux courants (subdivisés en nombreuses modalités) : • humaniste (40 %) : Gestalt , analyse transactionnelle, ACP (approche centrée sur la personne, de Carl Rogers), hypnose ericksonienne, PNLt (programmation neurolinguisitique thérapeutique), approches psychocorporelles et intégratives (associant plusieurs courants) ; • psychanalytique (30 %) : Freud, Lacan, Jung… (12 % de psychanalyse classique sur divan) ; • thérapies cognitivo-comportementales ou TCC (20 %) ; • systémique familial (10 %). Usagers en France • 8 % de la population de plus de 15 ans (soit 4 millions, qui suivent – ou ont suivi – une psychothérapie ou une psychanalyse). • Durée totale de la thérapie : très variable (de quelques semaines à plusieurs années ; moyenne : un an, à raison d’une séance de 50 minutes par semaine). • Tarifs moyens : 50 à 90 euros par séance de 45 à 60 minutes, 1 fois par semaine. • Remboursement sécurité sociale : uniquement pour les médecins. Principales indications • Dépression, anxiété, stress, troubles obsessionnels compulsifs. • Deuil, séparation, solitude ; troubles posttraumatiques. • Dépendances (alcool, drogues, troubles alimentaires). Serge Ginger La psychothérapies en Europe L’European Association for Psychotherapy (EAP) regroupe 120 000 psychothérapeutes professionnels qualifiés, dans 40 pays. Elle a instauré en 1997 un Certificat européen de psychothérapie (CEP), impliquant 3 200 heures de formation en 7 années (dont 250 heures de psychothérapie personnelle). 5 700 CEP environ ont été attribués à ce jour, dans 38 pays (dont plus de 500 en France). Un Certificat mondial a été repris selon les mêmes critères (États-Unis, Japon, Amérique latine, Afrique du Sud, etc.). Le titre de psychothérapeute est protégé par une loi nationale dans 8 pays (sur les 27 de l’Union européenne) : Allemagne, Autriche, Finlande, Hongrie, Italie, Malte, Pays-Bas, Suède. Des projets de loi sont à l’étude dans d’autres pays : Belgique, France (la loi votée attend toujours son décret d’application), Grande-Bretagne, Lettonie, Pologne, Roumanie, Slovénie, etc. Ces lois sont différentes : certaines réservent l’accès à la formation aux seuls médecins et psychologues (Allemagne, Italie), d’autres (Autriche, Finlande) ouvrent une formation spécifique à diverses professions des sciences humaines (infirmiers, travailleurs sociaux, enseignants, etc.). La Commission européenne de Bruxelles prépare une « plateforme commune », largement inspirée des normes du CEP. Serge Ginger |